A propos de l'artiste
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Né dans une famille de cheminots algériens, Remita étudie la peinture, la publicité et l'infographie, il entame sa carrière comme illustrateur et dessinateur de presse, puis se dirigea vers le design graphique et l'infographie, esprit anticonformiste, il se détourna d'une carrière publicitaire pour se consacrer à l'art plastique, sa plus grande passion. Son travail de jeunesse révèle déjà son goût pour le signe, il devait subir alors une triple influence : la calligraphie arabe, le signe berbère et l'architecture des médinas du Maghreb. Après avoir été sensible à l'oeuvre de Khadda, d'Atlan et d'Issiakhem, il doit sa libération artistique en termes de maniement d'éléments plastiques, on y trouve le fourmillement sinueux, les entrelacs et les arabesques qui installent un langage dispersant et souvent dramatique, il étudie la possibilité plastique de la calligraphie arabe et extrême orientale ainsi que du signe berbère, ses peintures révèlent alors une expression à la fois violente, brutale mais profondément mystique, déroutante et énigmatique, rendue dans une matière épaisse et des textures empattées, cette expression traduit sa conception d'un être révolté condamné à la solitude de celui qui lutte pour repérer une voie dans les ténèbres conventionnelles et qui en dépit de tout, y parviendra.
Après "le huppe messagère" sa dernière exposition et le vibrant hommage
qu'il avait rendu à Jean Michel Atlan précurseur de la peinture moderne algérienne,
Remita poursuit ses errances à travers les espaces -demeures-mémoires- du Maghreb.
Dans cette nouvelle série il retrace l'extraordinaire résistance de vivre en se nourrissant
de minuscules tranches d'espoir, au milieu des cratères et des hécatombes.
Peintre de l'espace maghrébin, Remita en dégage la poétique avec toute la complicité
qui le lie à son environnement. Il en restitue l'identité, témoignage du temps qui passe,
hommage à un espace générateur d'évasion et de méditation.
Les oeuvres ressentes de Remita parlent du vécu d'un homme, de ses extases,
de son étonnement, il semble trempé dans l'originalité d'une aire de civilisation
dans laquelle il trouve son rythme et s'exprime.
Dans cette série, le réel n'est pas ce que l'on voit: il est -comme " la vraie vie"
ailleurs dans l'invisible, dans l'impossible pure possibilité, unité des contraires,
retour et origine, contradiction existentielle.
Cet espace métaphysique, rythmé comme une (sama) de "derviches tourneurs"en folie
nous fait courir vers notre propre mystère, l'artiste alors, a remplie sa sulfureuse mission:
après son passage, il nous est impossible de simplement tourner la page.
Nouzha el-Fassi
Nadir Remita
l'aube de la régénération
par Jean-Gabriel Jeunet
Comment, raconter le parcours de Nadir Remita ? Cet artiste-peintre est à bien des égards une véritable énigme. Tout chez cet artiste respire la discrétion. Le premier paradoxe chez Nadir Remita est que, malgré une oeuvre fort appréciée, peu d'amateurs d'art peuvent se targuer d'en connaître l'auteur.
A bien analyser le parcours de Nadir Remita, on finit par admettre que ce résultat n'est que le fruit de sa volonté, et qu'inconsciemment il fuit les feux de la rampe pour se réfugier derrière ses tableaux.
Issu d'une famille algérienne des plus classiques, qui lui permet d' évolue dans un cadre harmonieux qui lui apporte l'équilibre dont il a besoin pour pouvoir déterminer les choix qui feront de lui un peintre accompli. Goût du savoir et de la liberté furent son pain quotidien durant de longues années.
Son cursus scolaire n'est pas particulièrement marquant. Certes, il pense un moment se consacrer au journalisme d'autant qu'il apprécie fortement l'histoire. Mais déjà l'art pictural exerce sur lui une très forte attirance. Il suivra une formation académique en peinture en publicité et en infographie.
Curieux et entêté, il s'est lui-même fixé une longue période de formation pour pouvoir revendiquer sa qualité de peintre.
Dés ses premiers essais, Nadir Remita marque sa préférence pour la peinture abstraite. Mais il sait que ce chemin est long et qu'il lui faudra évoluer. Les difficultés sont grandes mais il ne désarme pas. Pour les références qu'il affiche, on citera Atlan pour qui il affiche une grande admiration. La logique de ses choix se retrouve dans ses références quant à la peinture maghrébine. A cet effet, les noms qui lui reviennent souvent à la bouche sont Khadda et Korichi. Bien sûr il citera aussi Soulage, Tapies, Matta, Miro...
Mais incontestablement, les peintres maghrébins d'Atlan à Cherkaoui en passant par El-Mahdaoui et Korichi ainsi que les artisans berbères restent pour lui le summum de l'art plastique.
Pourtant, à aucun moment, il ne sentira le besoin de se lancer dans l'imitation. Ce qui l'attire dans ces oeuvres c'est leurs spécificités qu'il revendique et qu'il perpétue dans son oeuvre.
Nadir Remita
le derviche révolutionnaire
Par : Bertrand Lévy Kuhn
Discret, secret, taciturne, l'oeil clair est étonnamment vif, malicieux, curieux et circonspect, d'une simplicité courtoise et chaleureuse, derviche révolutionnaire, ses oeuvres sont à son image, énigmatique, surgit semble-t-il du fond des ages, projection toujours réinventé des souvenirs.
Souvenirs nostalgiques d'un espace porteur de lumière, l'espace qui prête à la méditation ; Cette méditation qui bien souvent s'égare dans le rêve. Remita est rêveur, mais rêveur à sa manière, sensible et pourtant froid, raisonné, raisonneur qui ne laisse à l'imagination que le droit très contrôlé
de ne s'exprimer qu'en un langage essentiellement plastique sans concession, crée pour faire réfléchir dans le rejet voulu de l'objet plastique qui fait plaisir. Remita se définit comme farouchement individualiste, « je suis un homme calme, j'aime le silence, j'ai une vérité c'est la seule qui compte, les autres ont la leur, et ça ne me concerne pas ; Sa peinture est complètement hors des courants de la mode « si on pense à choisir son milieu, si on pense marché, foire, exposition, on exerce un métier, faire de la peinture ce n'est pas travailler, les choses se font toutes seules , je ne dépend de personne, même pas de moi, je ne sais pas comment une toile naît, aujourd'hui tout va tellement vite, tout le monde veut être fameux tout de suite, le peintre n'est bon que s'il (produit) vingt toiles par mois, le marchand est un commerçant il lance
un artiste et l'oeuvre devient (un produit) tout est calculé, ça touche seulement l'oeil , mais ça ne vous trouble pas. Je refuse de peindre pour une exposition.» Il poursuit ses cheminements,
ses errances intérieurs avec une authenticité rare, pour lui l'art passe par le coeur ou n'existe pas.
Nadir Remita
l'autre voie
Par : Abel Coetzer
Sou Tong-Po écrivait au XI° siècle « Toute personne qui parle de ressemblance en peinture est bonne à renvoyer chez les enfants.» Il aura fallu prés de neuf cents ans à l'occident pour entendre la formulation, et il aura suffi à Remita le retour vers (les demeures-mémoires) dans le paisible silence de son atelier pour parvenir à créer un univers, son univers à lui , d'une poésie subtile et grave, ou s'entrecroisent sans se contrarier jamais le lyrisme le plus échevelé , les frémissements domptés de l'émotion la plus vraie et la raison fruit d'une longue méditation.
L'oeuvre de Remita se situe à la croisée de plusieurs cultures; maghrébine, africaine et méditerranéenne, mélange de rythmique noire, d'influences berbères et arabo-andalouse, telle une voie du fado ou du flamenco elle exprime l'âme d'une culture, la senteur d'un lieu, teinté de nostalgie, de sentiment de souffrance tragique, douleur et joie s'y côtoient de manière explosif. et c'est ce qui fait l'originalité de l'oeuvre de Remita. Le maître mot qui jusqu'à aujourd'hui guide toute sa démarche est « l'autre voie ». cet autre chemin frayé à grande peine par un explorateur dans une contrée inconnue -mémoire- s'égarent, revenant sur ses pas guidé ou trompé par la ressemblance de certains lieux pourtant différents ou au contraire les différents aspects du même lieu . Cet autre chemin se recoupe fréquemment, repasse par des chemins déjà traversés,
l'artiste progresse laborieusement, tâtonne en aveugle, s'engage dans des impasses, s'embourbe et repart. Si l'on veut tirer à tout prix un enseignement de sa démarche on pourra dire que nous avançons toujours sur des sables mouvants. Pourtant, à chaque fois qu' on se retrouve face
à l'oeuvre de Remita on se prend tout à coup à sentir que, soi aussi on a une âme, on entrevoit quelque chose d' infini entre nous et le monde qui se comble. C'est peut être là qu'il faudrait chercher la nature fondamentale du rapport qui lie l'oeuvre de Remita à «l'autre voie ». celle des mystiques. N'a t-il pas pour devise : Danse la mémoire, nie la pesanteur, Derviche fidèle, étranger à toi même, inattentif à la surdité des autres, tu marches.
Laissons nous emporter dans cet univers hors du temps.
Nadir Remita
Errance - Demeures-Mémoires
Par : Alain Fournier
Vision d'une intensité souvent dramatique et toujours grandiose,
souvenir et rêve d'un artiste héritier d'une culture et d'une sagesse millénaire,
en quête du « temps perdu » et dans les interrogations du présent nous entraîne dans les méandres intérieurs de ses demeures successives, variantes de l'inatteignable demeure immatérielle. A travers sa peinture Remita nous invite à méditer l'univers intérieur, cet univers qui chez lui nous fascine, nous envoûte et nous laisse perplexe, tant il est imprégné de poésie secrète et d'obscure magie ; Y pénétrer ? Il est des demeures mémoires qui toujours garderont leurs mystères.
Remita a centré son travail sur l'espace -demeures-mémoires- qu'il met en scène, qu'il charge de ses tensions de ses angoisses,
il le délègue comme image du monde ou nous vivons, dénonciation d'une société ou l'espace dépecé, sanglant, écartelé, torturé, décapité le plus souvent réduit à ses fragments, prenait place dans une construction rigide un quadrillage inflexible ou une machinerie évoquant quelque lieu indéfini de torture liée à la civilisation contemporaine et à la société policière, cette image obsessionnelle, vivante malgré sa connotation mortifiere est en train de basculer, de dévier de ce territoire de mort vers le territoire de la vie. Alors même s'il montrait de l'espace une vision morcelée Remita faisait passer des énergies positives semblables sans doute à celles qui animent jusqu'au dernier souffle les condamnées acharnés à conserver leur vie. Remita disait déjà la force de la vie palpitant sous la couleur maculé des espaces écorchés malgré l'emprisonnement de la forme martyrisé par des structures implacables. Remita se délivre d'un environnement oppressif de l'essentiel de la scénographie. Ainsi dans un mouvement très libre se font et se défont des espaces traversées par - des signes mémoires - Ces espaces restent habités par le tremblement de l'angoisse. Ils sont en mutation, en perpétuel mouvement arrêtés, le temps minuté d'une association fulgurante, qui peut se rompe dans l'instant même.
Exposition du peintre Nadir Remita
A la recherche de l'identité perdue
Par Nouri. Nesrouche
Terreau fertile et toile de fond bigarrée, l'espace maghrébin et sa culture semblent constituer chez le peintre Nadir Remita, outre une réserve d'inspiration, une véritable base structurante d'un projet où l'idéal esthétique et la critique de la société deviennent étrangement liés par une sorte de besoin impérieux contraint par les aléas temporels.
(Re) construire les ponts coupés de notre identité multiple est au coeur de l'oeuvre de Remita. La huppe, oiseau fétiche qui accompagne ce chantier en forme de voyage à pieds nus, veille sur son exposition qui se tient actuellement à l'espace Tiddis. Et comme l'artiste cherche ses repères dans une aire violentée et par les hommes et par la nature, sa peinture se veut naturellement sans concession.
Sur de grandes plages de mystères peintes en noir s'étale cette crainte qui, loin de constituer un obstacle, devient la source qui fournit toute sa substance à l'être en quête de révélation, celle d'un cosmopolitisme transcendant érigé en dada.
Mais plus que les couleurs prisées dans les paysages maghrébins, le signe tient un rôle central dans la peinture de Remita. A la manière de Khedda, Martinez et actuellement Allalouche, dont il dit qu'il est le digne continuateur d'Issiakhem, il use de l'outil sémantique pour signer sa rébellion contre tous reniements et s'inscrit dans une démarche fondatrice d'une peinture algérienne. Pour cela, son exposition se veut également un hommage à Jean-Michel Atlan, « peintre de l'Algérie essentielle. »
Coupable de rupture avec l'art colonial, ce juif de Constantine, décédé en 1960, est considéré comme le précurseur de la peinture moderne en algérie. Une peinture pour laquelle il à tenté de dessiner un avenir riche de la diversité des couleurs qui forment la palette du Maghreb et de celle des rythmes qui mènent à la liberté mais qui, au-delà du rituel, se transforme en une exigence consciente, revendiquée par le danseur devenu acteur.
Jean-Michel Atlan, renié par la culture « uniformiste » de l'état, resurgit donc pour occuper une place de choix dans la perspective de Remita et devient un acteur essentiel dans sa « réalité discursive », seule à même de juguler cette errance qui dure depuis trop longtemps et soigner toutes les blessures gâtées par tant de trahisons et de malentendu.
A cela, le pinceau qui croise le fer avec l'renouvelé d'une existence rejetant le diktat de la mort.
In Le Matin du jeudi 25 avril 2002
affronter l'énigme
Par Nadir Remita
Danse la mémoire, nie la pesanteur
derviche fidèle, étranger à toi -même,
inattentif à la surdité des autres,
tu marches.
Espace de distorsion que celui-la où la face est dans le profil, le haut dans le bas, l'avant dans l'arrière etc. espace de rêve, temps de rêve, espace d'empiétement, d'empilement et de prolifération ou l'enchaînement des rythmes et des tonalités n'est pas linéaire, mais à plusieurs niveaux.
Noirs, bruns, blancs, gris qui deviennent parfois bleus, avec ici et là des taches d'ocres, une prédilection manifeste pour les couleurs sombres que l'on associe traditionnellement à la terre à l'eau stagnante, au deuil et à la mort. Le rouge couleur du sang et du feu est ici presque éteint, le blanc maculé, le bleu noircie comme s'ils étaient voilés de poussière et de fumée. Le soleil ne brille pas pour ce monde. Et ce qu'il reste de vie s'est adaptée à l'environnement. Tout cela n'a cependant rien d'ennuyeux grâce a un jeu subtil des nuances de gris et de bleu et à la diversité de graphismes et des techniques employées. peinture à l'huile, acrylique, laque, collage, tous les moyens sont bons s'ils permettent de peindre, d'affronter l'énigme...
Plus intéressé par la composition que par la couleur ou le dessin, subordonné à la recherche d'un effet. Cette peinture à une tendance dramatique externe qui impressionne le spectateur et le conduit du visible à l'invisible, cela est obtenu grâce à des oppositions de plans en perspective, du jeu de contrastes et à des associations étonnantes d'agents, d'espaces et de graphismes, mais la place la plus importante revient à la scène.
Cette peinture nous fait découvrir que le monde ne parait, ne devient phénomène que dans cet accord discordant de formes en formation et de couleurs d'essence incarnant énigmatiquement en elle la mémoire et la prémonition d'autres formations qui par-là, comptent au monde par leur absence reportée au visible, par ce passé immémorial et ce futur inaccessible.
Ce n'est pas seulement l'espace que j'expérimente dans cette peinture mais le réel en général, l'inhumain, l'énigmatique. L'homme n'est pas la mesure des choses et nul humanisme n'est possible ici, ce qui se manifeste dans cette peinture ce n'est pas la culture institutionnelle mais un individu confronté a toutes les énigmes. Quelques choses comme une expérience irréligieuse du sacré.
cette peinture n'a pas pour vocation de communiquer quoi que ce soit
je ne peins pas pour exprimer quelque chose
je peins pour courir la chance de savoir ce que je peux exprimer
Je peins le courage d'affronter l'énigme.
Principales expositions
1992 taguelle! Dessin de presse, FOLIO, New York
1994 chute, dessin de presse, Galerie MOHAMED KHADDA, Alger
1995 pensée, hommage à Malek Haddad, peinture, Université de Constantine
1997 Kommeschnell !!!, infographie, espace DW, Cologne
1998 espaces, infographie, CNFPH, Constantine
2001 la route de la soie, peinture, Hôtel EL AURASSI, Alger
2001 khan el alwan, peinture, Palais de la Culture Malek Haddad, Constantine
2002 caravanes, peinture, Hôtel SEYBOUSSE, Annaba
2002 la huppe messagère, peinture, Espace TIDDIS, Constantine
Nadir Remita est diplômé en peinture, design graphique et infographie.
Il expose régulièrement depuis 1992.
Il est représenté dans plusieurs collections publiques et privées en Algérie et à l'étranger.
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